Revue francophone consacrée aux littératures du Maghreb, et à l’espace Euro-Méditerranéen travaillé par le fait culturel.

Horizons Maghrébins publie des études portant sur l’Histoire de l’Occident musulman et le devenir des musulmans en Europe. Des auteurs étrangers collaborent et contribuent aux résonances de la mémoire de l’héritage commun en Méditerranée. La revue est aussi un espace de présentation des œuvres d’artistes contemporains, maghrébins ou issus d’autres cultures qui ont séjourné au Maghreb et dont le travail a été marqué par les lumières et les couleurs de l’Orient.

Dernier numéro en ligne

N°68 l’Afrique en mouvement / 2013


l’Afrique en mouvement
l’Afrique en mouvement : imaginaires migratoires et dynamiques sociales au sud de la Méditerranée
Numéro publié sous la direction scientifique de Momar Désiré Kane (Chercheur Associé en littérature à l’Université Toulouse II-Le Mirail, LLA-CREATIS) et Catherine Mazauric (Maître de conférence HDR en langue française et littératures francophones à l’Université Toulouse II-Le Mirail, LLA-CREATIS)
N°68 l'Afrique en mouvement

Invité du numéro :

L’artiste-peintre Maroco-espagnol Saïd Messari

Éditorial

éditorial

écouter, échanger, comprendre la vérité de l’autre

mohammed habib samrakandi

 

Ce numéro accueille avec bonheur le dossier principal consacré à “L’Afrique en Mouvement”. Travail scientifiquement conduit dans le cadre de recherches (programme ANR-Les Suds aujourd’hui-MIPRIMO. LA MIGRATION PRISE AUX MOTS. Récits, circulation des imaginaires et dynamiques sociales dans les migrations ouest-africaines et les partenaires LLACREATIS- CEPED…) par mes collègues Catherine Mazauric et Momar Désiré Kane (lire présentation p. 9- 14 et p. 100-102).

La rédaction tient à les remercier pour ce travail de mutualisation de nos moyens. Avec ce deuxième volume1 qui accorde une large place aux recherches menées sur la zone subsaharienne, Horizons Maghrébins marque un autre pas dans ses ouvertures sur l’Afrique noire.

Le dossier rendant hommage à François de Ravignan (1935-2011), agroéconomiste et au Père Jacques Levrat (1934-2014), docteur en théologie, deux hommes de science et de dialogue, a, par certains aspects des points communs avec les dynamiques sociales au sud de la Méditerranée, voire en Afrique.

C’est dans le sillage de la Fraternité de Charles de Foucauld que je me suis intéressé au monachisme chrétien. D’abord à Marrakech, au contact des Petits Frères, en particulier Frère Gaby, aujourd’hui disparu. Ma deuxième halte fut à Toulouse à la fin des années 70. J’habitais au quartier de Rangueil, à quelques pas de la Fraternité qui avoisinait le couvent des Dominicains. J’ai pu nouer aussi une forte amitié avec le Père Jacques Jomier. Son Caire qu’il n’a cessé de chérir, lui manquait profondément. Il aimait échanger en arabe avec moi. C’est Jacques Jomier qui m’a mis en contact avec le Père Georges C. Anawati (en arabe Qanâwatî). Ce natif d’Alexandrie m’a accordé un entretien fort éclairant sur les circonstances particulières aux années 30 qui l’ont conduit à travailler avec Louis Gardet2. Nous devons à ces deux savants l’introduction des études de la philosophie arabo-musulmane et de la mystique musulmane dans les milieux des médiévistes occidentaux. Le colloque international que j’ai organisé, à Toulouse en 1988 sur la vie et l’oeuvre de Louis Massignon a ouvert à la revue d’autres horizons, en particulier ceux relatifs au dialogue islamo-chrétien. Les liens solides d’amitié, et de fraternité, qui m’attachent à Michel Nurdin3 m’ont permis de travailler, durant sept mois, dans la bibliothèque personnelle de Louis Gardet. Au programme de nos publications de 2014, marquant les 30 ans de la fondation d’Horizons Maghrébins, la rédaction publiera un texte peu connu de Louis Gardet sur Ibn ‘Arabî, daté de 1932.

C’est dire que les membres fondateurs de la revue Horizons Maghré bins ont bénéficié des recherches, des pratiques et des expériences des « Prophètes du dialogue islamo-chrétien: Louis Massignon, Jean-Mohammed Abd-el-Jalil, Louis Gardet et Georges C. Anawati » pour reprendre le titre de l’ouvrage de notre ami Maurice Borrmans4. Le contexte des années 80 était favorable au débat sur les conditions d’ouverture à d’autres cultures. Notre université avait des atouts. Elle fut pionnière sur deux plans : avec la fondation du premier centre culturel en milieu universitaire en France (1976-1977) et la création d’un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées (DESS), en psyc h o l o g i e interculturelle. Notre université, a offert un réel accueil à nos projets d’alliances entre civilisations, fondés sur la connaissance et la reconnaissance de l’autre. Elle fait écho aussi à ce vif désir d’un apprentissage du ‘’Vivre Ensemble’’.

L’équipe de la revue Horizons Maghrébins, a renoué des liens culturels et d’amitié avec ceux et celles qui ont façonné le Maghreb et qui sont restés attachés à cet espace métissé, malgré les drames et les crises qui ont jalonné les décennies qui ont suivi les indépendances des pays du Maghreb. Dans cette perspective, le monastère bénédictin d’En Calcat nous a ouvert ses portes. J’ai pu rencontrer Denis Martin, le Père Abbé, qui a initié dès octobre 1952, avec vingt-deux moines, une expérience inédite de dialogue interreligieux dans l’histoire du Maroc. Et c’est surtout avec le Frère Alain que les échanges fraternels demeurent fructueux. Passionné par la qualité exceptionnelle des rencontres et le caractère fondateur d’une telle aventure humaine (1952-1967), j’ai entamé des recherches sur l’histoire de ce monastère de Toumliline5.

Et c’est en 2004 que j’ai demandé à des chercheurs de marquer les 20 ans de la revue Horizons Maghrébins, par des témoignages et des bilans critiques de la pratique du dialogue i s l amo - c h r é t i e n . Parmi ces personnalités figuraient Jacques Levrat et François de Ravignan. Dans un article pour Horizons Maghrébins François de Ravignan a fortement souligné sa dette à l’égard de mon pays, le Maroc, avec une attention particulière aux exclus6.

Nos deux amis disparus, par leurs exemples, nous invitent d’abord et avant tout à changer la direction de notre regard. Ils avaient une idée engagée de la fonction de l’intellectuel. Pour Jacques Levrat : « le travail intellectuel nous libère de nos a priori » et nous dispose à résister et à « refuser les oppressions physiques et psychologiques ». Pour François, « la fonction de l’intellectuel sera de prêter son intelligence, ses méthodes, sa plume à l’expression des paysans. » Tous les témoignages et études sur les oeuvres de nos deux amis disparus soulignent avec force l’importance d’opérer une véritable conversion pour s’attaquer au processus d’exclusion qui fabrique la pauvreté et nous invitent au partage, à l’écoute, à l’échange et au questionnement. Jacques Levrat a, dès 1986, souligné dans Horizons Maghrébins le caractère fécond et stimulant de nos différences pour l’expérience religieuse. Ensemble, conclut-il, « avec l’autre, nous pouvons mieux affronter les défis du monde actuel et coopérer pour devenir un monde plus fraternel7 » (p. 97). François de Ravignan, a souvent évoqué le sens et la portée symbolique du message de son ami Pierre Claverie. Message qui doit interpeller les sociétés maghrébines sur leur attitude à l’égard des minorités linguistiques, religieuses et culturelles8 : «Dans cette expérience faite de la clôture, puis de la crise et de l’émergence de l’individu, j’acquiers la conviction personnelle qu’il n’y a d’humanité que plurielle et que, dès que nous prétendons posséder la vérité ou parler au nom de l’humanité – dans l’Église catholique, nous en avons la triste expérience au cours de notre histoire – nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion. Nul ne possède la vérité, chacun la recherche » (lire le texte de Clothilde de Ravignan, p.191).

Il m’a semblé enrichissant d’associer à la présentation de ce dossier d’hommage à Jacques Levrat, les témoignages de certains amis de la ville de Beni Mellal. C’est l’artiste- calligraphe Moulay Smaïl Bourqaïba qui a eu la charge de les rassembler. Je tiens à le remercier, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à faire vivre la mémoire de François de Ravignan et de Jacques Levrat. Je pense particulièrement à Marie-Christine Gambart9 qui a aimablement autorisé la rédaction à utiliser les images publiques que nous possédons de Jacques Levrat, tirées de son film: Denise Masson : la dame de Marrakech.

Mohammed Habib Samrakandi

Toulouse le 10 déc. 2013

Le sommaire

2 9 e a n n é e – s o m m a i r e – n ° 6 8 / 2 0 1 3

horizons maghrébins

le droit à la mémoire

l’afrique en mouvement

imaginaires migratoires et dynamiques sociales au sud de la Méditerranée

Éditorial

5, Mohammed Habib Samrakandi, Écouter, échanger, comprendre la vérité de l’autre

8, Smaïl Bourqaïba, Fondation et transmission

présentation

9, Momar Désiré Kane et Catherine Mazauric, L’Afrique en mouvement

la route

16, Momar Désiré Kane, Migrations et émergences démocratiques : de la Tunisie à l’Afrique en suivant la piste métonymique

25, Mamadou Khalidou Bâ, Le déploiement de l’esprit d’aventure à travers quelques « textes» d’origines :

les Contes initiatiques peuls d’Amadou Hampâté BA

35, Anne-Laure Charbonneau, Discours et silence des migrant-e-s sur les violences sexuelles constitutives « de la route»

44, Yaya Koné, La question des migrations soudanaises : La figure héroïque, vertueuse et tragique de l’Aventurier

la frontière

58, Fatima Nabila Moussaoui, La circulation migratoire : nouvelle identité transnationale. Harraga, une identité en soi

64, Cécile Canut, Dans la frontière

traversées et renversements

76, Mbouh Séta Diagana, L’esclave dans le roman francophone de l’espace transsaharien.

Étude comparée de récits marocains et mauritaniens

85, Catherine Mazauric, Portraits de l’Autre dans les récits de migration aventureuse transméditerranéenne

95, Kawtar Ayed, L’immigration inversée dans 2103, Le Retour de l’éléphant et l’expression de la crise

100, Programme ANR MIPRIMO, La migration prise aux mots

cahier-couleur – invité du numéro : saïd messari

103, Malika Embarek López, Saïd Messari, Un voyage vers l’intérieur de nous-mêmes

françois de ravignan:

une passion pour la terre et ses petits paysans

118, Jacques Berthelot, Un homme présent qui éclaire l’avenir

122, Loïc Barbedette, La daba de François

124, Bernard Lecomte, François de Ravignan, ses livres et ses ami(e) s

129, Odile Besson, François de Ravignan: premiers pas en Afrique noire

134, Clothilde de Ravignan, Le carnet jaune

138, Bernadette Lizet, Les paysages de François de Ravignan

145, Silvia Pérez-Vitoria, François de Ravignan et la question paysanne

150, Jacques Lefur, François de Ravignan: une grande proximité d’esprit

154, Jean-Louis Bato, François de Ravignan, le résistant

158, Philippe Calbo, François de Ravignan, un agronome singulier

161, Jacques Prades, François de Ravignan, une intégrité morale

163, Mohammed Habib Samrakandi, Ce que les Maghrébins doivent à François de Ravignan

Jacques levrat: l’homme du livre et de dialogue interreligieux

168, Les amis de Jacques Levrat de Beni Mellal témoignent

170, Jamaa Baïda, Hommage à Jacques Levrat : Délicatesse, rigueur, convivialité

173, Abdelhak Serhane, Jacques Levrat, Homme de Dieu, homme de dialogue

178, Anne Balenghien, Jacques Levrat, un chercheur exigeant et d’une écoute profonde

183, Nicole de Pontcharra, Jacques Levrat, la modestie d’un intellectuel

184, Jean-François Clément, Jacques Levrat, écouter comme un amoureux, désireux de comprendre l’autre

187, Abdelmajid Benjelloun, Jacques Levrat, mon ami, un homme de dialogue

bibliothèque de la revue

191, Clothilde de Ravignan, Jacques Prades : l’utopie réaliste et tous en coopératives

193, Jacques Prades, Une démocratie de coopérative, une démocratie en politique : une même utopie

(Entretien avec Jacques Prades, conduit par Mohammed Habib Samrakandi)

196, Jacques Prades, Retour en Kabylie

199, Clothilde de Ravignan, Pierre Claverie et Mohamed, chercheurs de vérité

201, Abraham Bengio, Saïd Sayagh: L’autre Juive. Lalla Soulika, la tsadika, roman, Ibis Press

204, Jacqueline Jondot, Fouad Laroui : Une année chez les Français et La vieille dame du riad, Julliard

205, Jacqueline Jondot, Djemaï, Abdelkader : La dernière nuit de l’Emir, Paris, éd. Le Seuil

208, Gérard Bérail, Soundjata, réveille-toi

210, Souleymane Cisse, N’ayez pas peur des migrants (entretien conduit par Momar Désiré Kane et Gérard Bérail)

213, Jacques Ohayon, Salim Barakat, Les Plumes, Actes Sud

 

Actualités

Le Lanceur de Dés / Poèmes de Mahmoud Darwich Concert poético musical / Bilingue français arabe présenté par la Compagnie Ici, Là-bas et Ailleurs , Partie I et Table ronde-performances des danses orientales, Partie II le 10 mai 2012 à la Fabrique culturelle de l’UTM
Cultures du monde Jeudi 10 mai 2012 de 20h 30 à 23h La Scène Le Lanceur de Dés / Poèmes de Mahmoud Darwich Concert poético musical / Bilingue français arabe présenté par la Compagnie Ici, Là-bas et (...)
LA DOMINATION MASCULINE de Pierre Bourdieu et les textes de Tassadit Yacine-Titouh par le collectif MANIFESTE RIEN, le 8 mars 2012 à La Scène- Fabrique culturelle de l’UTM. 
Cultures du monde Jeudi 8 mars De 12h 45 à 14h 45 La Scène- Fabrique culturelle de l’UTM ( Métro Ligne A- Arrêt MIRAIL-UNIVERSITE Théâtre LA DOMINATION MASCULINE de Pierre Bourdieu et les textes de (...)
Concert de musique:BAKH YAYE – Yóon Wii (Le chemin) le 2 décembre 2010, Cultures du monde fête les 50 ans des indépendances de pays africains Lieu : Fabrique culturelle de 12h 45 à 13h 45 – Université de Toulouse II. Consulter la publication d’Horizons Maghrébins consacrée à ‘’L’Afrique à Voix multiple’’
BAKH YAYE – Yóon Wii (Le chemin) Musique chant et danse du Sénégal Trois esthétiques composent les tableaux musicaux du spectacle hautement énergique des Bakh Yaye : Le Baye Fallisme, le Sabar et le (...)

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